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Afrique de l’ouest : Comment renforcer la démocratie pour endiguer l’extrémisme violent ?


Source des photos: Aljazeera


L’Afrique de l’ouest est une zone où l’intégration régionale fonctionne plus ou moins bien grâce aux efforts et acquis de la communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cependant, la pratique démocratique diffère d’un pays à un autre avec les pays anglophones en tête du peloton et les francophones à la traine. Cette situation a malheureusement réveillé les vieux démons des coups d’Etat militaires. Trois régimes militaires sont en cours au Mali, Guinée et Burkina Faso. Une situation qui fragilise une sous-région africaine déjà marquée par les terroristes devenus maîtres du Sahel d’où les pays peinent à les déloger. Comment renforcer la démocratie en Afrique de l’Ouest ? La démocratie pourrait-elle contribuer à endiguer l’extrémisme violent ?


La démocratie en péril


L’Afrique de l’ouest ne compte aucun pays démocratique en 2022 selon l’indice sur la démocratie publié en février 2023, par l'Economist Intelligence Unit (EIU). Cet indice fournit annuellement l’état de la démocratie dans 165 États indépendants et deux territoires dans le monde. L’étude se base sur cinq critères principaux : le processus électoral, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique, la culture politique et les libertés civiles. En fonction des scores obtenus, les pays sont classés dans quatre régimes. Ces régimes sont : « démocratie complète », « démocratie imparfaite », « régime hybride » ou « régime autoritaire ».


Deux pays de la zone sont considérés comme des démocraties imparfaites : le Cap-Vert et le Ghana soit 12.5% tandis que huit sont des régimes hydrides soit 50%. Ce sont le Sénégal, Libéria, Sierra-Leone, Gambie, Bénin, Nigeria, Côte d’Ivoire et la Mauritanie. Six pays demeurent des régimes autoritaires soit 37.5% : Niger, Mali, Burkina Faso, Togo, Guinée-Bissau et Guinée. Les régimes hybrides sont les États où les élections comportent régulièrement des fraudes électorales, les empêchant d'être des démocraties libres et transparentes. Ces États ont souvent des gouvernements appliquant des pressions sur l'opposition politique, possédant une justice n'étant pas indépendante, une corruption généralisée, pratiquant du harcèlement et des pressions sur les médias, possédant un État de droit anémique et des défauts plus prononcés que les démocraties imparfaites en ce qui concerne une culture politique sous-développée, un faible niveau de la participation politique et des problèmes dans le système de gouvernance. Par conséquent, dans la plupart des pays ouest africains l’on constate l’absence d’un Etat de droit et une mauvaise gestion marquée par les détournements de fonds publics et une corruption galopante. Cependant, les citoyens ne peuvent se débarrasser de dirigeants qu’ils ne veulent plus faute de processus électoraux démocratiques. Il devient alors utopique pour les opposants politiques d’espérer une alternance au pouvoir au moyen des élections. Car les dirigeants ne respectent ni les lois étatiques ni les normes et principes démocratiques. Pire, les constitutions sont tripatouillées à des fins personnelles en vue de consacrer une présidence à vie. D’où les troisièmes mandats avec leurs corolaires de contestations populaires, de violations des droits de l’homme, de violences meurtrières et d’emprisonnement des opposants politiques.


En 2020, la Côte d’Ivoire, le Togo et la Guinée ont sombré dans ces troisièmes mandats. Cela a fait le lit du coup d’Etat militaire en Guinée ayant écourté le troisième mandat du président Alpha Condé. Avant lui, les militaires avaient renversé le président Ibrahim Kéita du Mali affaibli par une contestation populaire dénonçant sa gouvernance. Puis, les militaires burkinabés ont déposé leur président Christian Roch Kaboré arguant de l’échec de sa gouvernance sécuritaire face aux djihadistes du Sahel. Actuellement, le Sénégal est en ébullition car les opposants politiques et les citoyens soupçonnent le président Macky Sall de vouloir briguer un troisième mandat anticonstitutionnel. Le non-respect des lois, normes et principes démocratiques fragilise la paix dans la région et devient une source d’instabilité chronique. Cela en fait un terreau pour les réseaux djihadistes devenus maitres du Sahel.


La nécessité d’un nouveau leadership de la CEDEAO


Face à ces tragédies, la CEDEAO peine à trouver des solutions adéquates. Ses sanctions et pressions sur les régimes militaires pour organiser des élections, dans de plus brefs délais, en vue d’un retour des civils au pouvoir ont échoué. Elles n’ont pas été comprises par les citoyens ouest africains qui comme nombre d’observateurs déplorent son incohérence. En effet, la CEDEAO s’est montrée ferme contre les coups d’Etat militaire tandis qu’elle a toléré les coups d’Etats constitutionnels ayant ouvert la voie aux troisièmes mandats et la présidence à vie. Cependant, il faut saluer la saisine de la commission par les chefs d’Etat en vue de leur proposer des solutions pour endiguer les coups d’Etat militaire. A cet effet, la commission a fait deux propositions dont l’une relative à la révision du protocole additionnel de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance en vue d’y insérer la limitation des mandats présidentiels à deux dans toute la zone même en cas de changement de constitution et la mise sur pieds d’une force anti-coup d’Etat militaire. Malheureusement, trois pays ont rejeté la limitation des mandats présidentiels : le Togo, le Sénégal et la Côte d’Ivoire.


Toutefois, la CEDEAO devrait réaffirmer son leadership dans l’optique de la consolidation de la paix dans la région en se donnant tous les moyens pour faire adopter la révision de son protocole consacrant la limitation des mandats présidentiels à deux et un meilleur respect des principes démocratiques dans les Etats membres. Un comité de veille pourrait être mis sur pieds pour veiller au respect du nouveau protocole. Il devrait être composé d’anciens chefs d’Etat de la région et des leaders d’opinion issus de la société civile. La force anti-coup d’Etat militaire devrait être remplacée par une force chargée de faire appliquer les décisions du comité de veille. Ce renouveau du leadership de la CEDEAO serait salutaire et soutenu par les populations ouest africaines.


Les bénéfices d’un meilleur exercice de la démocratie dans la sous-région


Un meilleur exercice de la démocratie en Afrique de l’Ouest permettrait de renforcer la légitimité des dirigeants. Car ils seront issus de processus électoraux démocratiques. Etant vraiment redevables aux citoyens qui les ont élus, ils s’évertueront à améliorer la gestion publique en luttant plus efficacement contre la corruption. Les alternances seraient pacifiques. Tout cela contribuerait à consolider la paix et l’unité nationale dans les Etats ouest africains. La bonne gestion et allocation des ressources étatiques contribuera à booster le développement et réduire la pauvreté et la misère. Ainsi, de plus en plus de jeunes se détourneraient des réseaux djihadistes puisqu’ils sont à l’abris du besoin. Les armées ouest africaines seront mieux entretenues et plus performantes. Elles ne seront plus confinées à espionner les opposants politiques et harceler les leaders d’opinion. Ce retour à l’Etat de droit serait aussi bénéfique pour la CEDEAO. Elle pourrait alors trouver des fonds auprès de ses membres et de ses partenaires pour bien entretenir sa force militaire et lui assigner la mission de déloger les djihadistes du Sahel. Cette lutte frontale contre l’extrémisme violent serait totalement soutenue par les populations. Elles deviendront de vrais alliés pour les militaires. Cela contribuerait à venir à bout des djihadistes dans le Sahel et les bouter hors de la région ouest africaine. Le concept de la CEDEAO des peuples deviendrait alors une réalité. Car les populations ouest africaines seraient activement impliquées dans l’intégration sous régionale pour le bien commun. D’où l’émergence d’une société civile ouest africaine plus forte travaillant de concert avec les dirigeants pour le développement accru de la région et le bien-être des populations.


En définitive, la démocratie est en péril en Afrique de l’Ouest. Cela fait le lit des tensions qui dans certains pays se sont transformées en coups d’Etat militaire (Guinée, Mali et Burkina-

Faso). La CEDEAO pourrait affirmer son leadership en matière de démocratie dans la région en améliorant son protocole additionnel de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance pour y inscrire la limitation des mandats présidentiels à deux s’imposant à tous les dirigeants. Un meilleur exercice de la démocratie dans la région aurait une incidence positive sur la consolidation de la paix et donc sur la question de l’extrémisme violent. La CEDEAO consolidée par les acquis du nouveau protocole et la paix retrouvée dans la plupart des pays aurait donc les coudées plus franges pour s’attaquer frontalement à l’extrémisme violent. Elle pourrait alors trouver des fonds auprès de ses membres et ses partenaires internationaux pour bien entretenir sa force afin qu’elle combatte efficacement les djihadistes dans le Sahel. Le soutien total des populations serait un atout pour remporter ce combat. Une nouvelle ère s’ouvrirait dans la zone marquée par la paix retrouvée, le développement en marche et l’amélioration des conditions de vies des populations. Le slogan CEDEAO des peuples trouverait alors tout son sens.





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